Depuis plus de six siècles, la tour de la Recluse se dresse à l’angle occidental de la vieille cité de Joyeuse.
Parfois dénommée à tort, tour de Charlemagne, (puisqu’elle fut édifiée plus de cinq siècles après la mort du célèbre empereur), la tour est plus connue par son nom de Recluse. Reclus était la dénomination donnée, au Moyen Âge, à des moines ou moniales, qui, par esprit de pénitence, s’enfermaient dans des cellules pour y passer leur vie. Spirituellement, la réclusion monastique est un renoncement à la vie, par l’adoption volontaire de l’enfermement. Les reclus vont ainsi vivre dans de petites cellules percées de ces petites ouvertures qui leur permettent de recevoir eau et nourriture des passants. On dit que l’évêque lui-même venait sceller de son sceau la porte de la cellule du reclus. On peut supposer que c’était une moniale et non un moine qui s’était recluse dans l’intérieur de notre tour, mais elle reste inconnue, quant à son nom. Outre sa fonction de vigie, parce qu’édifiée au sommet le plus haut du village, cette tour jouait aussi un rôle essentiel de protection de la porte de la Recluse, (aujourd’hui démolie) qui était située à ses pieds. Cette porte était la plus vulnérable des portes d’accès de la ville, car elle n’était protégée que par un fossé sec et un pont-levis à l’Ouest, et ne bénéficiait pas des avantages topographiques défensifs naturels comme les autres portes de la ville. La porte fut démolie vers 1855, pour élargir l’accès à la Grand-Rue, et dont on devine encore aujourd’hui les accrochages dans les façades des maisons de la Grand-Rue qui la supportaient. La place qui porte son nom était un faubourg de Joyeuse, à l’extérieur des remparts. Il était une tradition qui s’est perpétuée jusqu’à milieu du XXe siècle, que ce quartier formait un village dans la vieille ville. Au début de ce siècle, il y avait même des fêtes organisées par les habitants de la Recluse. Sous cette place est un immense réservoir d’eau potable qui a été construit au milieu du XIXe siècle lors de la première alimentation en eau de Joyeuse par la source dite du Fada. À partir de ce réservoir, toutes les fontaines publiques, dont celle de la place de la Peyre, étaient distribuées. Jusqu’au début du XX° siècle, les foires aux bestiaux se tenaient sur cette place, c’est à dire sur le réservoir d’eau potable de la ville !
