La Place de la Peyre, ancien forum, est située au centre de la vieille ville le long de la Grand Rue ainsi dénommée parce que pendant des siècles elle fut l’artère principale de la ville de Joyeuse. Elle chemine d’est en ouest sur la crête du talus qui surplombe la vallée alluvionnaire de la Beaume (emplacement du village moderne).
Depuis la place forte que constituait le château féodal (castrum), c’était le cheminement direct et le plus aisé pour atteindre le plateau de Lablachère et le quartier de Laveyrune. La basse-cour s’est ainsi délimitée autour de cet axe qui forme la colonne vertébrale de la vieille ville de Joyeuse.
Au cours des siècles, le linéaire de cette rue n’a pas été modifié, le parcellaire du bâti la jouxtant, a, quant à lui été considérablement restructuré.
Depuis la fin du XVIIème siècle, période à partir de laquelle la commune de Joyeuse est en possession des délibérations consulaires puis municipales, il n’est pas de décennies sans que les assemblées délibérantes protestent et s’émeuvent sur l’état déplorable de la salubrité de cette rue et donc de la vieille ville en général. Les habitants élevaient divers animaux de basse-cour, engraissaient leurs cochons dans les maisons, élevaient les vers à soies.
Cet ensemble bruyant, nauséabond, partageait la vie du millier d’habitants enserrés dans les murs qui quant à eux utilisaient la rue comme cloaque. Les boutiquiers qui encombraient la rue, les dépôts de bois et fagots devant les portes (le bois étant le seul combustible utilisé), l’ensemble de la population qui obligatoirement déambulait le long de cette unique artère au moins une fois par jour, les cavaliers, les tombereaux, tout cela devait donner un aspect très pittoresque de l’endroit.
Jusqu’au milieu du vingtième siècle, cette rue est demeurée la rue commerçante et artisanale du village, regroupant l’ensemble de l’activité économique de marchands. . Encore en 1960, de nombreuses boutiques avaient pignon sur rue entre la place de la Recluse et le square François André ; on dénombrait plusieurs magasins d’alimentation (au nombre de quatre), deux boucheries, un charcutier, un pâtissier, une bonneterie, deux magasins de vêtements, deux chausseurs, une librairie- imprimerie-dépôt de presse, un hôtel restaurant, un bijoutier, horloger, un grand bazar-quincaillerie, un buraliste, un cordonnier, deux plombiers, un médecin, un café, la perception, le bureau de l’enregistrement, la salle des fêtes, et même une salle de cinéma ! soit vingt-huit établissements participant à l’animation.
A partir de la fin de la seconde moitié du XIXème siècle, les commerçants, cabaretiers et hôteliers avaient commencé à s’installer le long de la nouvelle route royale créée en 1830 (devenue ensuite route nationale 104, puis chemin départemental). Avec le développement des véhicules automobiles, le phénomène s’amplifia de façon irréversible dans la première moitié du XXème siècle, et vers 1980, il n’y avait plus de commerces.
Après une période de quelques années de désertification, et grâce notamment au développement touristique, patrimonial et culturel, quelques boutiques et restaurants commencèrent à se réinstaller et aujourd’hui, de nombreux ateliers d’artisans et artistes ont redonné vie à cet axe historique. En parcourant la grand-rue, l’on peut s’attarder sur quelques éléments architecturaux ou historiques, mais il faut bien noter que Joyeuse a connu un mouvement de perpétuel chantier pour satisfaire aux normes nouvelles (élargissement de baies, déplacement pour respecter l’ordre de la travée…) et aux besoins nouveaux (remises, ouvertures de magasins en rez-de-chaussée).
