Situé à Ventabren, dans les Bouches-du-Rhône, l’oppidum de Roquefavour constitue l’un des plus importants sites perchés de Provence occidentale. D’une superficie d’environ six hectares, il domine la basse vallée de l’Arc ainsi que la plaine de Roquefavour. Sa position stratégique en faisait un véritable verrou naturel contrôlant les voies de passage entre l’intérieur des terres et l’étang de Berre.
Connu également sous les noms de « Camp des Romains » ou « Baou de Mario », le site fut longtemps associé à la présence supposée des troupes du général Marius. Toutefois, les recherches archéologiques modernes ont démontré qu’il s’agissait en réalité d’un habitat celto-ligure et non d’un camp militaire romain.
Une implantation défensive remarquable
L’oppidum est installé sur un relief culminant à environ 181 mètres d’altitude. Son organisation défensive repose sur les caractéristiques naturelles du terrain. À l’est, de fortes escarpes rocheuses protègent naturellement le site. Au nord, un puissant rempart de pierre, accompagné d’un fossé creusé dans le roc, renforçait la défense de l’agglomération.
Des blocs dressés étaient également disposés en avant du fossé afin d’empêcher l’approche d’éventuels engins lourds. L’accès principal empruntait un chemin antique surveillé depuis le rempart. Aujourd’hui encore, l’entrée historique demeure visible à travers une ouverture conservée dans les ruines de la muraille.
Les premières occupations du site
Les fouilles archéologiques menées pendant une dizaine d’années par le Groupe d’Études Archéologiques de Ventabren ont permis de mieux comprendre l’histoire du site. Les découvertes montrent que l’occupation débute dès le IIIe siècle avant notre ère.
Des vestiges métalliques et de nombreuses céramiques témoignent de cette présence ancienne. La stratigraphie révèle cependant un seul niveau archéologique clairement identifiable, ce qui indique que les habitations étaient construites directement sur le rocher ou sur une mince couche de remblai.
Du premier « hameau » celte, il ne subsiste aujourd’hui que peu de traces visibles, hormis certains éléments du système défensif et les effondrements de matériaux architecturaux retrouvés lors des fouilles.
L’organisation urbaine de l’oppidum
La principale phase d’occupation du site se situe entre 70 et 50 avant J.-C. À cette époque, l’habitat connaît une importante réorganisation. Les archéologues ont mis en évidence un véritable plan urbanistique, caractérisé par des rues et des quartiers d’habitation ordonnés.
Cette transformation témoigne probablement de l’influence croissante de Rome durant la période de conquête de la Gaule méridionale. L’organisation de l’habitat reflète une adaptation progressive aux modèles urbains romains tout en conservant des caractéristiques propres aux oppida celto-ligures.
Les fouilles ont notamment permis d’étudier un quartier d’habitation ainsi qu’une rue desservant plusieurs constructions.
Les échanges avec Massalia
Les objets retrouvés sur le site révèlent l’importance des échanges économiques avec le monde méditerranéen. Des céramiques fines massaliètes et campaniennes ont été découvertes sur place, attestant des relations commerciales avec Marseille, l’ancienne Massalia grecque.
Une fibule datée de la seconde moitié du Ier siècle avant notre ère fut également découverte en 1978 par l’archéologue Jean-Pierre Musso dans un secteur sud-ouest du site. Ces découvertes confirment l’intégration de Roquefavour dans les réseaux commerciaux régionaux de la Méditerranée antique.
L’abandon du village fortifié
L’oppidum semble avoir été abandonné entre 25 et 15 avant J.-C., au début du Haut-Empire romain. Cette période correspond à la réorganisation du territoire provençal après la conquête romaine et au développement de nouvelles villes dans la région, notamment Aquæ Sextiæ, l’actuelle Aix-en-Provence.
L’occupation de Roquefavour apparaît donc relativement brève à l’échelle historique, s’étendant sur environ un siècle. L’abandon du site pourrait être lié à la concentration des populations dans des centres urbains plus accessibles et mieux intégrés au système administratif romain.
Un témoignage majeur de la civilisation celto-ligure
Aujourd’hui, l’oppidum de Roquefavour constitue un témoignage essentiel de l’histoire ancienne de la Provence. Par son étendue, son système défensif et son organisation urbaine, il offre un aperçu précieux de la vie des populations celto-ligures à la veille de la romanisation.
Les recherches archéologiques ont permis de dépasser les anciennes légendes liées au « Camp des Romains » pour restituer la véritable identité du site : celle d’une importante agglomération indigène fortifiée, représentative des grands oppida de Provence occidentale.








