Né Fernand-Joseph-Désiré Contandin le 8 mai 1903 boulevard Chave à Marseille, Fernandel fut l’une des figures les plus populaires du cinéma français pendant plusieurs décennies. Comédien au physique inoubliable — il parlait lui-même volontiers de sa « gueule de cheval » —, il séduisit plus de 200 millions de spectateurs à travers des rôles devenus emblématiques, de Don Camillo au Schpountz, sans oublier une carrière de chanteur ponctuée de tubes comme Félicie aussi ou Ignace. Sa renommée dépassa largement les frontières françaises, au point que le général de Gaulle lui reconnut une célébrité comparable à la sienne.
Une demeure à l’image de son époque
C’est en 1934 que l’artiste fait l’acquisition, dans le 12e arrondissement de Marseille, d’un domaine du XIXe siècle baptisé « Les Mille Roses ». Il y fait construire une résidence résolument moderne pour l’époque, reflet de son ascension sociale et de son attachement profond à sa ville natale. La propriété, qui appartenait également à un ensemble de biens que Fernandel possédait dans les Bouches-du-Rhône — dont une résidence à Carry-le-Rouet —, devint le cadre de la vie intime et familiale de l’artiste. Son architecture témoignait du goût bourgeois de l’entre-deux-guerres et constituait un véritable ancrage dans le tissu patrimonial marseillais.
La fin d’une lignée dans les murs familiaux
Après la disparition de Fernandel en 1971, la maison continua d’abriter sa famille pendant plusieurs décennies. Franck, son fils, y résidait encore dans une dépendance jusqu’à son décès en 2012, date à partir de laquelle plus aucun membre de la famille ne vécut sur place. Le petit-fils, Vincent, avait quitté les lieux depuis un moment déjà lorsque la décision de vendre fut finalement prise. Il exprima alors avec émotion ce que représentait cette rupture : la maison était devenue, à ses yeux, la prolongation même de son père, et y rester ou y revenir dépassait les forces de la famille. La vente marqua ainsi la clôture d’une époque, le tournant d’une page.
Un patrimoine dispersé, une mémoire discrète
Après la cession de la propriété, les terrains furent divisés en plusieurs lots. En 2021, une crèche privée s’installa dans l’ancienne demeure, lui donnant une nouvelle vocation. Aujourd’hui, seuls quelques indices discrets rappellent le passage de l’artiste : l’avenue Fernandel, qui longe l’ancien domaine, et une résidence voisine baptisée « Félicie » par son promoteur, clin d’œil malicieux à la chanson la plus célèbre du comédien.
À l’échelle de la ville, la mémoire de Fernandel reste étonnamment peu valorisée : une modeste statue boulevard Chave, près de sa maison natale, constitue le principal hommage visible dans l’espace public. Un contraste saisissant avec Marignane, qui consacre un musée entier à Raimu, autre figure tutélaire du cinéma de Marcel Pagnol. Marseille n’a pas encore rendu à son enfant prodige l’hommage à la mesure de son rayonnement mondial.








