La fondation de Monpazier
La bastide de Monpazier se situe dans la vallée du haut Dropt, sur le « mont Pazier » qui lui a donné son nom.
A Monpazier, les plans que nous avons et qui ont été tracés au moment de sa création montrent des maisons toutes égales, distribuées de la même manière et alignées. Les premiers architectes qui l’ont étudié au XIXe siècle qualifient sa disposition comme étant idéale. Il y a une place centrale au milieu où on a construit une halle. Les maisons sont en pierre, en brique ou en moellon à l’origine. Nous n’avons pas la charte de coutume originale de Monpazier. Cependant, nous la connaissons à travers les lettres de confirmation des droits de la ville faites par Louis XI puis Charles VIII. La bastide est une pièce majeure pour renforcer le courant d’exportation de Libourne qui se développe fortement à la fin du XIIIe siècle.
Sa fondation s’inscrit dans la politique anglaise de l’époque en Guyenne. Jean de Grailly est le sénéchal de la Guyenne anglaise et il a fondé de nombreuses bastides sur son territoire. Il en fonde vingt-deux pendant les huit années durant lesquelles il occupe le poste de sénéchal. En plus du nombre important, la plupart des bastides viennent de son initiative plutôt que d’un appel d’un seigneur local ou d’une communauté ecclésiastique.
Le contrat de paréage à l’origine de Monpazier a été négocié en 1284 par Jean de Grailly, sénéchal de Guyenne, avec le seigneur qui tient les terres : Pierre de Gontaut, le seigneur de Biron. Les débuts de la Bastide sont compliqués. Il a fallu forcer la main à Pierre de Gontaut. Il n’a pas favorisé particulièrement l’établissement et le développement de la bastide en entrant plusieurs fois en conflit avec les gens de Monpazier. De plus, les habitants de la bastide tardent à s’y installer et le roi anglais Henri Ier doit les menacer avec des amendes.
La bastide au milieu des conflits des XIVe et XVe siècles
En 1293, la guerre reprend entre Philippe le Bel et Edouard Ier. La bastide se trouve dans une situation délicate à la frontière entre le duché de Guyenne anglais et le royaume de France.
Pendant la guerre de Cent ans, Monpazier reste officiellement anglaise avec le traité de Brétigny en 1360. En 1368, le Prince Noir, frère du roi d’Angleterre et prince d’Aquitaine, augmente les impôts que doivent payer les Aquitains. Alors les Gascons appellent le roi de France à l’aide. En 1369, Charles V envoie une armée dirigée par Bertrand du Guesclin, connétable de France, qui reprend de nombreuses villes au nord de l’Aquitaine. Monpazier redevient française à cette période. Au cours de la guerre, les armées et les mercenaires qui sillonnent le pays pillent la bastide à plusieurs reprises.
Après la bataille de Castillon en 1453, la paix revient en Aquitaine et dans le Périgord. Cela permet à la ville de se développer dans la deuxième partie du XVe siècle. La voute et la charpente de l’église Saint Dominique sont refaites en 1462. En 1490, la collégiale de Capdrot, ravagée par les malheurs de la guerre, est déplacée à Monpazier.
La bastide au cœur du conflit entre catholiques et protestants
Cependant, cette période de paix est courte pour Monpazier. Le XVIe siècle est marqué par la Réforme protestante qui se propage en Europe. En France, cela donne lieu aux guerres de religions entre catholiques et protestants. Ces conflits troublent le Périgord avec plusieurs seigneurs locaux qui passent à la réforme. En 1574, Geoffroy de Vivans, chef protestant, prend Monpazier par surprise. La bastide est pillée en 1576. Ces guerres prennent fin en 1598 avec la promulgation de l’édit de Nantes par Henri IV. Cependant, l’opposition entre les deux camps existe toujours.
Plus tard, en 1644, on établit un couvent de Récollets à Monpazier. Il a pour but de lutter contre la religion protestante. C’est François Ier de Gontaut, marquis de Biron qui récupère Monpazier. Il s’oppose aux protestants dans la ville où il y avait un temple et un consistoire. En 1671, on démolit le temple sur ordre du roi et des soldats logent chez les protestants. Finalement le consistoire est dissous après la révocation de l’édit de Nantes en 1685.
Les révoltes des Croquants
La population est meurtrie par les guerres et les épidémies, la charge fiscale devient de plus en plus lourde et les famines sont meurtrières. A Monpazier en 1593, cent personnes meurent de ces famines. Cela entraîne une série de révoltes tout au long du XVIIe siècle dans le sud-ouest du royaume de France, appelées les « Révoltes des Croquants ».
La première de ces révoltes a lieu en 1594 où plusieurs milliers de paysans se rassemblent pour prendre les armes. Monpazier fait partie des paroisses qui se soulèvent et son premier consul, Daniel Pourquery, y joue un rôle important. Il réunit une assemblée qui le charge de négocier la paix avec le roi. Cependant, la révolte éclate quand même et les armées royales massacrent de nombreux paysans. En 1637, lors d’un second épisode de révolte, le tisserand de Capdrot, à quelques kilomètres de Monpazier, devient un chef local. Il est capturé et roué vif sur la place de Monpazier.
La Fronde
Au milieu du XVIIᵉ siècle, la France connaît une grave crise : la Fronde. La situation politique en France est très instable. Anne d’Autriche, qui assure la régence, et le cardinal Mazarin, sont très impopulaires. Les finances du royaume sont exsangues de la guerre de Trente ans qui se termine en 1648.
La même année, le Parlement de Paris réclame davantage de contrôle sur la monarchie et sur les finances : c’est la Fronde parlementaire, qui oblige la famille royale à quitter Paris jusqu’en 1649. En 1650, la grande noblesse se révolte après l’arrestation de plusieurs princes, dont le prestigieux prince de Condé. Ils s’opposent au pouvoir absolu de la monarchie et à leur éloignement de la politique du royaume. En 1652, Condé marche sur Paris avec son armée, ce qui le discrédite totalement. L’opinion publique se rallie à la monarchie. La Fronde nobiliaire s’achève avec le retour triomphal de Louis XIV à Paris, ouvrant la voie au renforcement définitif de la monarchie absolue.
A cette période, Henri de Caumont, marquis de Castelnaud et qui a les droits sur Monpazier, rallie la fronde nobiliaire. Des troupes logent alors à Monpazier qui devient un bastion frondeur.
Le lent déclin de Monpazier
Au XVIIIe siècle la ville est sur le déclin jusqu’en 1775 où l’archiprêtre Barthélémy de Laborie du Pourteil établit avec l’aide du roi et du duc de Biron une maison de charité hôpital en élargissant une fondation antérieure ainsi qu’une filature royale de coton.
A la Révolution française, les biens du clergé sont nationalisés et c’est le cas du couvent des Récollets qui est supprimé. Le bâtiment sert alors de mairie. Les violences de la Révolution ne touchent pas Monpazier qui reste plutôt calme.
Le XIXe siècle est également une période tranquille pour Monpazier. Une loge maçonnique est créée en 1826 : « le Sanctuaire de la Vérité ». Elle est affiliée à la loge de Fumel. Cependant son activité s’arrête rapidement et les dernières lettres que nous avons entre les deux loges datent de 1833. Monpazier ne se développe pas à l’heure de la révolution industrielle et la bastide subit l’exode rural : elle passe de 1187 habitants en 1846 à 610 en 1957.
Toujours au milieu du XIXe siècle, la bastide suscite l’intérêt des archéologues pour son plan jugé « idéal ». Ainsi Felix de Vernailh, architecte périgourdin, l’étudie en 1847 suivi par Viollet le Duc dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle en 1856.








