LovĂ©e dans le vallon des Camoins, aux confins orientaux de Marseille, l’Ă©glise Sainte-Agathe est l’un des tĂ©moignages les plus anciens et les plus vivants du patrimoine religieux des Bouches-du-RhĂ´ne. Son histoire, intimement liĂ©e Ă celle de la communautĂ© qui l’a bâtie, agrandie et restaurĂ©e au fil des siècles, reflète la tĂ©nacitĂ© et la piĂ©tĂ© d’un peuple de village attachĂ© Ă son lieu de culte.
Les origines : un village longtemps rattaché à Saint-Marcel
La dĂ©cision de doter Camoins d’une Ă©glise propre remonte Ă 1530, mĂŞme si le village demeure alors rattachĂ© Ă la paroisse de Saint-Marcel. C’est donc dans un premier temps sans autonomie paroissiale que l’Ă©difice prend forme. Les premières traces documentaires de son existence apparaissent dans les minutes du notaire Lemaire en 1600 : Ă cette date, Pierre Guigonis possède une grande vigne au nord de l’Ă©glise, et Anne Boreli dispose d’une propriĂ©tĂ© longeant le chemin qui y mène, confirmant que l’Ă©difice est alors bien ancrĂ© dans le paysage et la vie foncière du village.
En 1651, les actes du notaire Vachier apportent un nouvel Ă©clairage : Pierre Camoin vend une parcelle Ă la Luminaire Notre-Dame de MisĂ©ricorde afin de permettre l’agrandissement de l’Ă©glise. Certains historiens pensent qu’il s’agit du terrain sur lequel les PĂ©nitents Blancs Ă©difièrent leur première chapelle, qui jouera un rĂ´le dĂ©terminant dans l’Ă©volution ultĂ©rieure de l’Ă©difice.
Le XVIIIe siècle : transformations et agrandissements successifs
Le 19 mai 1735, Monseigneur Henri de Belsunce, Ă©vĂŞque de Marseille, effectue une visite Ă©piscopale aux Camoins. Son constat est sĂ©vère : l’Ă©difice est dĂ©pourvu de voĂ»te et de plafond, trop petit, et insuffisamment Ă©clairĂ© faute d’ouvertures. Il ordonne des travaux d’agrandissement qui permettront d’Ă©tendre l’Ă©glise jusqu’Ă l’actuel sanctuaire.
Cette dynamique de transformation se poursuit une dĂ©cennie plus tard : en 1745, les habitants rachètent la chapelle contiguĂ« des PĂ©nitents Blancs, intĂ©grĂ©e Ă l’Ă©difice pour en permettre un second agrandissement. En 1756, le chĹ“ur actuel est construit, confĂ©rant Ă l’Ă©glise son volume intĂ©rieur essentiel.
Le XIXe siècle : embellissement et consécration
En 1838, l’humiditĂ© persistante du sol contraint Ă refaire entièrement le dallage de l’Ă©glise. Puis, en 1856, la façade principale — qui n’atteignait que la hauteur de la croix d’encadrement — est reprise et avancĂ©e. Ce nouvel avant-corps est rĂ©alisĂ© en pierre de Beaucaire et de La Couronne, avec l’amĂ©nagement d’une petite niche destinĂ©e Ă accueillir la statue de sainte Agathe.
L’Ă©vĂ©nement le plus solennel de ce siècle survient en 1865, lorsque Monseigneur François Xavier consacre officiellement l’Ă©glise Ă sainte Agathe. L’acte de consĂ©cration, rĂ©digĂ© Ă l’encre de Chine sur parchemin, est enfermĂ© dans un coffret de plomb et scellĂ© sous la marche du maĂ®tre-autel — oĂą il sera retrouvĂ©, intact, lors des travaux de rĂ©novation de 1994, prĂ©cieux tĂ©moignage d’un siècle disparu.
Les travaux se poursuivent en 1888 pour amĂ©liorer l’Ă©clairage intĂ©rieur, puis en 1894 pour des travaux extĂ©rieurs d’envergure, mobilisant quelque 30 tonnes de ciment fin.
Le XXe et le XXIe siècle : restauration et renaissance
Si le XX^e siècle voit plusieurs rĂ©fections sans bouleversement majeur, c’est en septembre 2005 que s’amorce la transformation la plus profonde depuis deux siècles. Grâce Ă la persĂ©vĂ©rance du Père Michel Jacquet et d’un noyau de paroissiens dĂ©vouĂ©s, la mairie de Marseille engage une restauration complète, intĂ©rieure et extĂ©rieure. Le dĂ©croĂ»tage des murs gĂ©nère Ă lui seul dix tonnes de gravats. Les murs sont rejointoyĂ©s Ă la chaux et dĂ©corĂ©s dans des tons jaune, terre de Sienne et blanc, en rĂ©fĂ©rence aux fragments de fresques d’origine encore visibles. Les installations Ă©lectriques sont remises aux normes, le porche mis en valeur, et un baptistère dont le pied est entièrement refait est posĂ©.
Le 23 septembre 2007, Jean-Claude Gaudin, sĂ©nateur et maire de Marseille, inaugure solennellement l’Ă©glise restaurĂ©e, en prĂ©sence du dĂ©putĂ© et maire du secteur Roland Blum et de nombreuses personnalitĂ©s.
Les travaux se prolongent de janvier Ă mai 2008 : la façade principale et le flanc gauche de l’Ă©difice sont dĂ©croĂ»tĂ©s et enduits Ă la chaux dans des teintes apaisĂ©es, tandis que la charpente et les tuiles de toiture sont entièrement renouvelĂ©es. Le 10 novembre 2010, l’Ă©clairage de la Porte des PĂ©nitents, de l’esplanade et des rues adjacentes est mis en place, parachevant la renaissance de ce lieu de mĂ©moire.
Sainte Agathe, patronne des Camoins
Martyre sicilienne du IIIième siècle, sainte Agathe est la figure tutĂ©laire de cette communautĂ©. Sa fĂŞte est cĂ©lĂ©brĂ©e chaque annĂ©e le 5 fĂ©vrier, et la solennitĂ© le dimanche suivant, perpĂ©tuant une dĂ©votion populaire qui traverse les siècles sans se dĂ©mentir. L’Ă©glise qui porte son nom, modeste dans ses dimensions mais riche de près de cinq cents ans d’histoire communautaire, demeure le cĹ“ur spirituel du quartier des Camoins.








