Le site de Rocheplatte, situé à proximité de l’ancienne voie reliant Orléans à Reims, était connu sous le nom de Seigneurie des Grèves. Au début du XIe siècle, il appartenait à Ingran de Pithiviers, arrière-petit-fils d’Eudes, premier comte de Chartres et de Blois, et compagnon de Hugues Capet. Après la guerre de Cent Ans, la seigneurie fut cédée en 1430 à une importante famille de robe. Elle passa ensuite entre plusieurs mains avant d’être acquise, en 1676, par les Colas des Francs de Marolles. Elle se transmit par la suite aux Drouin de Bouville et de Rocheplatte, aux La Rochefoucauld d’Estissac, puis aux actuels propriétaires, membres de la famille des princes Murat, descendants de Joachim Murat.
Le château conserve les douves de l’ancienne place forte des Pithiviers. Sur le terre-plein féodal se succédèrent une forteresse, démolie et remplacée vers 1480 par un manoir, puis plusieurs campagnes de transformation. Le bâtiment fut restructuré vers 1724 et remanié vers 1860, notamment avec l’ajout du pignon central en « fromage de chèvre » au-dessus du fronton de la porte d’entrée et l’installation de « chiens assis » de part et d’autre des fenêtres du second étage. Le corps central relève du style des logis solognots, fréquent en Val-de-Loire aux XVIe et XVIIe siècles. Les deux tours d’angle donnant sur la rivière datent des XVe et XVIe siècles. Le fronton porte les armes des Rocheplatte, tandis que le blason à la fougère rappelle la dernière comtesse de Rocheplatte, née Crublier de Fougères.
Les toitures d’ardoise, les façades, les tours et les douves ont été restaurées en 1985 avec le concours de la direction régionale des monuments historiques et d’entreprises locales. Deux tours détachées abritent une chapelle aménagée en 1872 et les archives familiales ; une horloge et un cadran solaire y sont également visibles. Leurs toitures ont été restaurées en 2001.
Créé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, le parc comprend notamment des essences introduites dans la région par le botaniste Duhamel du Monceau. Il conserve un cèdre du Liban très endommagé et deux cyprès chauves de Louisiane, rescapés de la tempête de décembre 1999. À la confluence de l’Œuf et de la Rimarde, l’Essone y prend naissance. Le parc et les douves accueillent notamment des cygnes, des cols verts, des martins-pêcheurs, des hérons cendrés et des écureuils roux.
Une crypte gothique, dont l’ornementation date du XIIIe siècle, complète l’ensemble. Classée monument historique, elle ne présente aucun symbole chrétien ; il est possible que le culte gallo-romain de Cérès y ait été poursuivi. Ses voûtes sont décorées de symboles solaires et de la roue du temps, ainsi que de deux petits visages sculptés, qui pourraient évoquer la disette et l’abondance.