Keroman

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Sur Lorient La Base, ancien site maritime rĂ©habilitĂ©, vous pouvez dĂ©couvrir diffĂ©rents lieux et expĂ©riences tout au long de la journĂ©e : visite de la CitĂ© de la Voile Éric Tabarly, de la CitĂ© des Moussaillons, du Sous‑marin Flore‑S645 et son musĂ©e, du MusĂ©e sous‑marin du Pays de Lorient, du bunker K3 et du pĂŽle course au large, ainsi que des activitĂ©s comme balades sous voiles ou TyRoll (tyrolienne) et d’autres animations nautiques ou historiques. Les visites se prennent Ă  la billetterie centrale ou en ligne sur la billetterie de Lorient La Base. La visite du sous‑marin Flore inclut un musĂ©e interactif et la montĂ©e Ă  bord du vrai sous‑marin avec audioguide (temps de visite ≈ 1h15), avec derniers dĂ©parts environ 1h30 avant la fermeture. Des offres couplĂ©es et passes permettent de combiner plusieurs visites ou activitĂ©s (par exemple Flore + CitĂ© de la Voile, Flore + Bloc K3, ou mĂȘme plus de deux visites avec rĂ©duction), pour profiter du site Ă  tarif avantageux.

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Histoire

La construction d’une base navale allemande

Dans l’entre-deux-guerres, Lorient est une ville structurĂ©e par la Marine nationale. Son arsenal, ses casernes et ses installations portuaires mobilisent plus de dix mille hommes et font vivre l’économie locale. Dans les annĂ©es 1920, un nouveau port de pĂȘche Ă©merge Ă  Keroman : le chantier comprend un quai, un frigorifique et s’inscrit dans la modernisation des chaĂźnes de froid pour l’industrie halieutique. La ville se dote ainsi d’une triple identitĂ© : port de commerce, port de pĂȘche et port-arsenal.
La dĂ©claration de guerre en septembre 1939 transforme cette dynamique. Lorient devient un centre clĂ© pour la dĂ©fense des cĂŽtes de Bretagne-Sud, la protection des voies de navigation et la lutte anti-sous-marine, sous le commandement de l’amiral HervĂ© de Penfentenyo. L’activitĂ© Ă©conomique et militaire bascule rapidement vers la guerre totale.
Le 21 juin 1940, les troupes allemandes occupent Lorient. L’amiral Karl Dönitz, commandant en chef des forces sous-marines, identifie immĂ©diatement la valeur stratĂ©gique de la rade. DĂšs le 23 juin, il visite Lorient et dĂ©cide d’y installer son Ă©tat-major pour ses U-Boote. L’occupation ouvre la voie Ă  un chantier d’ampleur sans prĂ©cĂ©dent : la presqu’üle de Keroman, initialement prĂ©vue pour l’extension du port de pĂȘche, devient une zone de travaux gigantesques.
Hitler valide le projet en dĂ©cembre 1940 et confie sa rĂ©alisation Ă  l’ingĂ©nieur Tribel. En un peu plus de deux ans, la base, la plus grande construite par les nazis hors d’Allemagne, mobilise prĂšs de quatre milliards de francs et des dizaines de milliers de travailleurs et prĂšs d’un million de mĂštres cubes de bĂ©ton.
La base comprend trois bunkers principaux : Keroman I, II et III. Chaque bloc est monumental : K1, inaugurĂ© en septembre 1941, mesure 120 m de cĂŽtĂ©, avec un toit de bĂ©ton de 3,5 m et cinq nefs ; K2, terminĂ© en dĂ©cembre 1941, offre sept nefs et une caserne pour un millier de personnes ; K3, livrĂ© en janvier 1943 (170 m par 120 m au sol), comprend sept bassins en eau protĂ©gĂ©s par des portes Ă©tanches, dont quatre peuvent ĂȘtre assĂ©chĂ©s.
Ces infrastructures permettent d’abriter douze sous-marins Ă  Keroman, complĂ©tĂ©s par les Dombunkers et le bunker de l’arsenal. C’est ainsi que Lorient accueillent dĂšs juillet 1940 des submersibles allemands dans l’arsenal du XIXe siĂšcle. La Kriegsmarine y assure donc rĂ©paration, ravitaillement et carĂ©nage de ses U-Boote. En 1942, la base devient le cƓur de la bataille de l’Atlantique, contrĂŽlant les routes ocĂ©aniques tout en tirant parti de la protection naturelle de la rade et de sa position relativement Ă©loignĂ©e de l’Angleterre.
Le site s’inscrit dans une stratĂ©gie globale de la Wehrmacht : Lorient devient la plus importante base sous-marine allemande, accueillant environ 40 % des U-Boote pour opĂ©rations de ravitaillement et de maintenance. La marine allemande y voit une chance de reproduire les objectifs de la PremiĂšre Guerre mondiale avec une guerre sous-marine : isoler l’Angleterre et dĂ©truire les voies d’approvisionnement ennemies.

Keroman en 1945 : un lourd bilan

L’étĂ© 1943 marque un tournant dans la bataille de l’Atlantique avec une inversion des rapports de force. La supĂ©rioritĂ© alliĂ©e s’affirme avec l’engagement massif de 570 escorteurs et de trois porte-avions. MalgrĂ© tout, la lutte continue : de janvier 1944 Ă  mai 1945, 380 sous-marins allemands sont coulĂ©s. Cependant, durant le conflit, les sous-marins de la Kriegsmarine coulent environ 2800 navires alliĂ©s, soit 14,2 millions de tonnes de matĂ©riel. Lorient, elle, reste stratĂ©gique : prĂšs de 203 U-Boote y sĂ©journent, auxquels s’ajoutent deux sous-marins japonais.
La ville subit Ă©galement le feu alliĂ©. DĂšs janvier 1943, Lorient devient une cible prioritaire pour la Royal Air Force. Huit raids successifs larguent 4 000 tonnes de bombes, dĂ©truisant plus de 90 % de la ville. Les bunkers de Keroman, eux, restent debout, mais l’activitĂ© des sous-marins ralentit, et le chantier des blocs IV-A et IV-B est annulĂ©.
La RĂ©sistance agit aussi contre la Kriegsmarine. L’ingĂ©nieur Alphonse Tanguy transmet aux Britanniques les plans dĂ©taillĂ©s des bases de la cĂŽte atlantique. Il est arrĂȘtĂ© et tuĂ© par la Gestapo en novembre 1943. L’information obtenue permet aux AlliĂ©s de mieux cibler leurs frappes et de perturber l’organisation allemande.
À la fin de la guerre, Lorient et Keroman apparaissent comme des symboles de destruction et de rĂ©silience. Le vaste rĂ©seau de blockhaus dans lequel s’intĂšgre Keroman autour de Lorient rappelle la position stratĂ©gique de la rade. Le tissu urbain est presque entiĂšrement dĂ©truit. NĂ©anmoins la base sous-marine demeure une infrastructure intacte et opĂ©rationnelle, prĂȘte Ă  soutenir la reconstruction.

Keroman et l’entrĂ©e en guerre froide : nouvelle Ăšre, mĂȘmes enjeux

AprĂšs 1945, la Marine nationale française investit Keroman. En effet, avec la reconstruction, le modĂšle Ă  trois pĂŽles maritimes reprend. Contrairement Ă  d’autres sites, l’affectation militaire fait que les bunkers allemands ne sont pas dĂ©molis. C’est ainsi que le port-arsenal inclut dĂ©sormais Keroman, reprenant l’importance dĂ©jĂ  donnĂ©e par la Kriegsmarine au lieu. Le site devient le principal port pour les sous-marins classiques en Atlantique, dĂ©laissant Saint-Nazaire. Dans un premier temps Ă  la fin de la guerre, Keroman s’attache Ă  rĂ©parer et Ă  rĂ©habiliter les bateaux rĂ©quisitionnĂ©s, ainsi qu’à intĂ©grer les ex-U-Boote au sein de ses unitĂ©s. Cela relance l’activitĂ© de la ville et attire Ă  nouveau les travailleurs.
DĂšs 1947, les moyens se dĂ©ploient autour de la base stimulĂ©e notamment par la Guerre froide. Elle accueille jusqu’à douze sous-marins et 2 000 civils et militaires.
Keroman devient un moteur Ă©conomique local. Les Trente Glorieuses voient la base s’élever au rang de centre d’excellence. La crĂ©ation de la deuxiĂšme escadrille de sous-marins entre 1945 et 1960, puis l’intĂ©gration de la France Ă  l’OTAN, renforcent son rĂŽle dans les missions anti-sous-marines. Cela permet aussi une transmission de savoirs avec la formation de professionnels Ă©trangers.
Dans les annĂ©es 1960-1970, l’arrivĂ©e des sous-marins Ă  propulsion nuclĂ©aire entraĂźne de nouveaux amĂ©nagements. L’ESMAT, rebaptisĂ©e en 1970, assure un large Ă©ventail de missions : mouillage de mines, opĂ©rations spĂ©ciales, renseignement et prĂ©paration des premiers SNLE français. Entre 1945 et 1997, Keroman assure la maintenance de 95 unitĂ©s. Elle devient ainsi l’un des premiers employeurs du pays de Lorient. La base incarne alors un mariage unique entre puissance militaire et dĂ©veloppement Ă©conomique local.
Dans le prolongement des ambitions stratĂ©giques de la Kriegsmarine, Lorient s’affirme donc durant la guerre froide. La ville devient un centre majeur de la recomposition sous-marine française, consolidant dans les annĂ©es 1970 un haut niveau de missions et de compĂ©tences.

La reconversion d’un lieu de mĂ©moires

À la fin du XXᔉ siĂšcle, la fermeture des sous-marins classiques est dĂ©cidĂ©e. Cependant, la rade lorientaise n’a pas les infrastructures nĂ©cessaires Ă  l’accueil des submersibles nuclĂ©aires. L’État-major annonce l’arrĂȘt de la BSM de Keroman, achevĂ© en 1997. La base, alors visible depuis toute la rade, devient un enjeu pour la ville alors que le bassin d’emploi qu’elle gĂ©nĂ©rait est fortement impactĂ©.
La reconversion est triple : Ă©conomique, nautique et touristique. DĂšs 1997, des skippers s’installent sur les quais, initiant un pĂŽle de course au large Ă  l’instar d’Alain Gautier. En 2001 la reconversion s’engage rĂ©ellement et en 2002 l’agglomĂ©ration acquiert Keroman I et II. Des investissements massifs suivent : amĂ©nagement de hangars, rĂ©novation des voiries, crĂ©ation d’un centre d’entraĂźnement pour les Ă©quipages de haut niveau. En dix ans, Keroman devient le plus grand pĂŽle europĂ©en de course au large, avec prĂšs d’un kilomĂštre de pontons et 6 000 mÂČ d’ateliers couverts. Marque de prestige, Lorient accueille par exemple en 2024 la course Ă  voile The Transat CIC (Transat anglaise) qui existe depuis 1960 et qui rejoint New York.
De plus, le site conserve une dimension mĂ©morielle. MusĂ©es, visites guidĂ©es, tĂ©moignages d’anciens marins et ouvriers permettent de retracer l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide. Keroman devient ainsi un espace patrimonial, alliant mĂ©moire, tourisme et activitĂ©s nautiques de pointe. C’est ainsi que sur la base le sous-marin Flore-S645 (classe DaphnĂ©) est ouvert Ă  la visite depuis 2010.
Aujourd’hui, Keroman est un symbole unique : un vestige de guerre transformĂ© en centre d’excellence maritime, lieu de formation, innovation et compĂ©tition, tout en conservant son rĂŽle dans la mĂ©moire collective lorientaise.

Anecdote

La Seconde Guerre mondiale voit Lorient se hisser au rang de ville d’importance majeure et internationale. Cette funeste mise en avant est Ă  l’origine (pour partie) de nombreuses pertes matĂ©rielles et humaines dans la guerre marine. NĂ©anmoins 80 ans aprĂšs, la citĂ© continue d’axer sa spĂ©cialisation sur la mer puisqu’elle accueillera Ă  nouveau le prochain dĂ©part de la Transat CIC en 2028.

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