
Les alignements de Carnac
Histoire
Histoire AnecdoteSynthĂšse historique
Lâimportance dâun site mĂ©galithique
Les alignements de Carnac constituent lâun des ensembles mĂ©galithiques les plus vastes et les plus emblĂ©matiques dâEurope, tant par leur extension gĂ©ographique que par le nombre exceptionnel de pierres encore visibles aujourdâhui. SituĂ© sur le littoral sud de la Bretagne, le site sâinscrit dans un paysage de plateaux granitiques faiblement vallonnĂ©s, ouverts sur la baie de Quiberon et les vallĂ©es intĂ©rieures.
Lâensemble couvre prĂšs de cinq kilomĂštres et regroupe plusieurs milliers de menhirs disposĂ©s en files parallĂšles, orientĂ©es globalement dâouest en est, selon une organisation spatiale particuliĂšrement rigoureuse. Ces alignements sâĂ©tendent sur les territoires actuels de Carnac, La TrinitĂ©-sur-Mer et Erdeven, montrant que le projet dĂ©passe largement lâĂ©chelle dâun simple habitat local.
Trois grands ensembles structurent le site : le MĂ©nec, Kermario et Kerlescan, auxquels sâajoute le Petit-MĂ©nec, plus modeste mais rĂ©vĂ©lateur de la cohĂ©rence dâensemble. Le MĂ©nec, situĂ© Ă lâouest, concentre plus dâun millier de pierres rĂ©parties en onze files parallĂšles, sur une longueur dĂ©passant le kilomĂštre. Les menhirs les plus imposants se dressent Ă lâextrĂ©mitĂ© occidentale, certains atteignant encore quatre mĂštres de hauteur, avant de diminuer progressivement vers lâest, produisant un effet visuel maĂźtrisĂ©. Kermario prolonge cette organisation avec prĂšs dâun millier de blocs rĂ©partis sur une dizaine de lignes, parmi lesquels figurent certaines des pierres les plus massives, aujourdâhui pour la plupart renversĂ©es. Plus Ă lâest, Kerlescan prĂ©sente un ensemble plus fragmentĂ©, mais conserve plusieurs centaines de menhirs organisĂ©s en treize files, parfois associĂ©s Ă des structures circulaires. Ă lâextrĂ©mitĂ© de certains alignements apparaissent en effet des cromlechs, arcs ou cercles de pierres qui semblent dĂ©limiter des espaces spĂ©cifiques.
Les alignements sont datĂ©s du NĂ©olithique, entre le Ve et le IVe millĂ©naire avant notre Ăšre, pĂ©riode marquĂ©e par la sĂ©dentarisation, lâagriculture et la structuration des premiĂšres sociĂ©tĂ©s paysannes. Par leur ampleur, ils traduisent lâexistence de communautĂ©s capables de mobiliser une main-dâĆuvre nombreuse et de sâinscrire dans des projets monumentaux sur plusieurs gĂ©nĂ©rations.
Carnac, une lĂ©gendeâŠ
Les alignements de Carnac ont Ă©tĂ© associĂ©s Ă la lĂ©gende de saint CornĂ©ly, identifiĂ© Ă saint Corneille, pape du IIIá” siĂšcle. Selon le rĂ©cit, il aurait Ă©tĂ© poursuivi par des soldats paĂŻens Ă Rome. Deux bĆufs portaient ses bagages et lâaccompagnaient dans sa fuite. Il est ensuite confrontĂ© aux soldats. CoincĂ© entre la mer et lâarmĂ©e rangĂ©e en bataille, il transforma les soldats en pierres, donnant naissance aux longues files observĂ©es au nord du bourg de Carnac.
En souvenir de ce miracle, une Ă©glise fut Ă©rigĂ©e Ă lâendroit oĂč saint CornĂ©ly sâarrĂȘta. Des pĂšlerins furent attirĂ©s pour demander la guĂ©rison de leurs animaux malades. Des pierres furent identifiĂ©es comme les soldats pĂ©trifiĂ©s, et il fut dit quâelles ne bougent quâune fois par an, la nuit de NoĂ«l, pour aller boire dans les ruisseaux voisins. Des trĂ©sors seraient Ă©galement cachĂ©s sous certaines pierres, mais ceux qui tentĂšrent de les chercher furent frappĂ©s par la mort.
Le culte de saint CornĂ©ly fut progressivement diffusĂ© dans le sud de la Bretagne, oĂč il fut reconnu comme patron des animaux Ă cornes. Les chapelles dĂ©diĂ©es au saint furent Ă©levĂ©es Ă Carnac, Erdeven, Plouhinec et Languidic, parfois sur dâanciens lieux dâadoration agraire nĂ©olithique, oĂč des ossements de bĆufs et des statuettes bovines avaient Ă©tĂ© retrouvĂ©s. La paroisse de Carnac fut mentionnĂ©e pour la premiĂšre fois en 1326. Le nom du saint et celui de la paroisse furent sans doute associĂ©s par assimilation avec le breton karn ou corn, dĂ©signant la corne ou un amas de pierres, renforçant lâexplication lĂ©gendaire des alignements comme soldats pĂ©trifiĂ©s sous la protection de saint CornĂ©ly.
⊠et de nombreuses théories
Depuis longtemps, les alignements de Carnac ont Ă©tĂ© perçus comme impressionnants et mystĂ©rieux, devenant lâĂ©lĂ©ment le plus emblĂ©matique du mĂ©galithisme armoricain. Leur interprĂ©tation a Ă©tĂ© rendue difficile par les destructions et les modifications subies, ainsi que par le caractĂšre limitĂ© des fouilles. Des charbons, silex taillĂ©s, haches polies et poteries dĂ©couverts dans les fosses de calage des menhirs attestent que leur implantation Ă©tait accompagnĂ©e de rites spĂ©cifiques.
Depuis le XVIIIá” siĂšcle, de nombreuses hypothĂšses ont Ă©tĂ© Ă©mises. Les pierres ont Ă©tĂ© identifiĂ©es tour Ă tour comme vestiges dâune colonie dâĂgyptiens, camp romain, temple druidique, rĂ©sidence de druides, cimetiĂšre des VĂ©nĂštes, reprĂ©sentation de serpents zodiacaux, monument phallique ou lieu de culte. Gustave Flaubert sâen est moquĂ© en 1847, et au XXá” siĂšcle, des archĂ©ologues nazis ont relevĂ© et fouillĂ© les monuments, pour tenter de dĂ©montrer leur appartenance Ă une prĂ©tendue civilisation indo-germanique « aryenne ».
Au XIXá” et XXá” siĂšcles, des hypothĂšses plus scientifiques ont Ă©tĂ© Ă©mises. FĂ©lix Gaillard et Alfred Devoir ont proposĂ© des orientations solsticiales et Ă©quinoxiales. Alexander Thom a relevĂ© les alignements avec prĂ©cision, suggĂ©rant quâils constituaient des observatoires astronomiques, utilisant des figures gĂ©omĂ©triques. Dâautres thĂ©ories ont liĂ© les alignements Ă des voies cĂ©rĂ©monielles, des bornes territoriales, des espaces sacrĂ©s ou des processions rituelles comme les tromĂ©nies.
Les plus anciens alignements datent du Ve millĂ©naire av. J.-C., contemporains des dolmens et tumulus de la rĂ©gion. Leur construction a nĂ©cessitĂ© des travaux considĂ©rables, rĂ©vĂ©lant une sociĂ©tĂ© hiĂ©rarchisĂ©e. MalgrĂ© toutes ces propositions, aucune interprĂ©tation dĂ©finitive nâa Ă©tĂ© Ă©tablie. Les alignements demeurent Ă©nigmatiques, et continuent dâalimenter lâimagination et la recherche.
Les alignements connus et reconnus, la âmĂ©galithomaniaâ
Au XVIIIá” siĂšcle, les monuments ont commencĂ© Ă ĂȘtre Ă©tudiĂ©s et relevĂ©s, notamment par Christophe Paul de Robien, puis par Lukis et Dryden au XIXá” siĂšcle. Gabriel de Mortillet publia un inventaire des mĂ©galithes les plus imposants, dont le grand menhir brisĂ© de Locmariaquer, estimĂ© Ă 20,50 m de haut et 340 tonnes. LâĂtat français a officialisĂ© la protection du patrimoine avec lâInspection des Monuments historiques en 1830 et a acquis plusieurs sites, y compris les alignements de Carnac. Ă partir de la fin du siĂšcle, lâintĂ©rĂȘt pour les mĂ©galithes sâest Ă©galement diffusĂ© auprĂšs du grand public grĂące au succĂšs des cartes postales.
Au XXá” siĂšcle, des fouilles ont Ă©tĂ© menĂ©es par lâoccupant allemand dans les annĂ©es 1940, marquant la derniĂšre campagne dâenvergure sur le site. La fragilitĂ© des pierres, souvent calĂ©es sur seulement 10 % de leur hauteur, a conduit Ă la fermeture partielle du site entre 1991 et 1993 pour protĂ©ger la vĂ©gĂ©tation et la stabilitĂ© des menhirs. Ă ce titre, un menhir est tombĂ© en novembre 2021, rĂ©vĂ©lant Ă nouveau toute la fragilitĂ© du site, notamment liĂ©e au surtourisme.
Les travaux de Zacharie Le Rouzic, et lâouverture du MusĂ©e de PrĂ©histoire James MilnâZacharie Le Rouzic en 1985, ont contribuĂ© Ă la conservation et Ă la valorisation du site, aujourdâhui classĂ© Monument historique et inscrit au patrimoine mondial de lâUNESCO, tout en conservant une part de son mystĂšre et de son attrait pour le public.
Anecdote
Dans la culture populaire, le menhir est souvent associĂ© au cĂ©lĂšbre irrĂ©sistible gaulois dâUderzo et Goscinny, ObĂ©lix. Cependant, cette image est doublement approximative dâun point de vue historique. Lâhistoire qui se dĂ©roule en 50 av. JC. est en effet bien Ă©loignĂ©e de nos hommes du NĂ©olithique (qui se termine en -2500). Le lieu nâest pas non plus idĂ©al pour reprĂ©senter une concentration mĂ©galithique : ObĂ©lix aurait par exemple dĂ» habiter⊠Carnac.
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