Synthèse historique
La brandade de morue Ă la SĂ©toise. Ici, on dĂ©couvre une autre spĂ©cialitĂ© emblĂ©matique de la maison. La brandade de morue Ă la SĂ©toise.Et vous allez voir, son histoire est pleine de rebondissements. Contrairement Ă ce que l’on croit souvent, la brandade de morue n’est pas nĂ©e Ă NĂ®mes. C’est une recette qu’on retrouve partout oĂą l’on salait et commerçait avec la morue.En Espagne, Ă Malte, en Italie, au Portugal ou encore Ă Sète. Les anciens NĂ®mois ont Ă©tĂ© très habiles en communication, dans un siècle oĂą, il faut le dire, les nouvelles ne se propageaient pas comme aujourd’hui, et encore au moins, avec contradiction.Ils ont rĂ©ussi Ă faire croire au monde entier que la brandade de morue Ă©tait nĂ©e chez eux. Chez AzaĂŻs-Polito, on a voulu rĂ©tablir une vĂ©ritĂ© tout simplement historique car inscrite dans les registres de la marine marchande du milieu du XIXe siècle.Et surtout rendre hommage aux anciens nĂ©gociants cĂ©tois qui ont jouĂ© un rĂ´le historique majeur dans le commerce de la morue en MĂ©diterranĂ©e. Au XIXe siècle, Sète abritait les plus grandes sĂ©cheries de morue du Midi, situĂ©e sur le site du MascoulĂ©, tout près des quais et pratiquement en ville, comme vous le dĂ©montreront les photos inĂ©dites de la collection familiale Polito.Les archives de la marine marchande mentionnent que près de 5 millions de morues Ă©taient dĂ©barquĂ©es ici sur nos quais. Trois familles SĂ©toises, les KomolĂ©s, les Nègres-Cousins et les BailĂ©s possĂ©daient Ă elles seules un quart de la flottille de pĂŞche des morutiers du port de FĂ©camp en Normandie qui Ă©tait Ă ce moment-lĂ le premier port morutier français.Ces navires appartenaient aux cĂ©tois mais Ă©taient manĹ“uvrĂ©s par des Ă©quipages fĂ©campois. Ils partaient pour Terre-Neuve capturer la morue avant de revenir dans le sud Ă Sète oĂą le sel de MĂ©diterranĂ©e, plus blanc et plus pur, servait Ă sublimer la couleur du poisson une fois sĂ©chĂ©. Il Ă©tait Ă cette Ă©poque un des plus chers et des plus recherchĂ©s.C’est d’ailleurs ce sel issu des salins de Villeroy Ă Sète, sur la plage de la Corniche, qui a fait la rĂ©putation du port de Sète et donnĂ© naissance Ă tout un savoir-faire autour des salaisons de saurisserie, technique de semi-conserve Ă l’ancienne, encore pratiquĂ©e aujourd’hui par AzaĂŻs-Polito. Lorsque la maison a dĂ©cidĂ© de remettre la brandade SĂ©toise Ă l’honneur, ce n’Ă©tait pas seulement pour faire un produit de plus, c’Ă©tait pour faire revivre une mĂ©moire, celle des commerçants et armateurs cĂ©tois qui faisaient le lien entre la MĂ©diterranĂ©e et le Grand Nord. Cette histoire a d’ailleurs refait surface en 2016, lors d’une confĂ©rence sur la route du sel, quand un historien fĂ©campois, M. Servin, a confirmĂ© ce rĂ´le central que Sète a jouĂ© dans le commerce de la morue en MĂ©diterranĂ©e.Chez AzaĂŻs-Polito, la brandade de morue n’est pas un produit de marketing. C’est un hommage Ă ce passĂ© de marin et de nĂ©gociant. Mais ce qui distingue vraiment la brandade d’AzaĂŻs-Polito, c’est la manière dont elle est encore Ă©laborĂ©e, vous l’avez compris, une fabrication Ă l’ancienne. Ici, on travaille le filet de morue entier, sans tricher. D’abord, nous dessalons la morue au lait, puis nous la montons au lait et Ă l’huile, exactement comme le veut la tradition et la recette traditionnelle SĂ©toise. C’est-Ă -dire, tout comme nos grands-mères faisaient après avoir Ă©tĂ© acheter la morue salĂ©e aux premières Halles de Sète en 1885, en l’Ă©tat lesquelles, une halle entière Ă©tait dĂ©diĂ©e Ă la morue, aliment majoritaire, car le poisson, Ă l’Ă©poque, que l’on pouvait conserver longtemps, n’Ă©tait autre que la morue.Ne pas louper le plan des anciennes Halles qui vous est prĂ©sentĂ© dans l’exposition, ni la photo sur laquelle vous verrez un gendarme surveiller ce prĂ©cieux aliment sur les caisses Ă©toiles. Comme vous pouvez le constater, sur nos planches de fabrication chez AzaĂŻs-Polito, c’est tout simplement comme avant.Dans notre brandade de morue, pas d’Ă©paississants, pas d’eau ajoutĂ©e, pas d’Ă©mulsifiant, et encore au moins de gaz azote. RĂ©sultat, une texture très fibreuse, soyeuse, onctueuse et un goĂ»t dĂ©licat. Celui de la morue, pas celui de la chimie.A l’inverse des brandades industrielles qui n’ont plus grand chose Ă voir avec la recette d’origine, les industriels utilisent gĂ©nĂ©ralement ce qu’ils appellent les pièces du poisson. En clair, les dĂ©chets, la peau, les arĂŞtes et les morceaux nerveux. Tout est mixĂ©, gonflĂ© Ă l’eau, puis liĂ© avec des poudres Ă©paississantes et Ă©mulsifiantes, quand ce n’est pas un ajout d’azote liquide pour mieux aĂ©rer ce que nous appelons chez AzaĂŻs-Polito, une mousse industrielle de morue que l’on pourrait comparer aux mousses au chocolat des grands groupes agroalimentaires.Un procĂ©dĂ©, voire une dĂ©rive industrielle qui permet d’obtenir 10 fois plus de peau Ă partir de la mĂŞme quantitĂ© de poisson mise en Ĺ“uvre dans la recette. Un procĂ©dĂ© qui Ă©loigne le consommateur de la vĂ©ritable texture et du bon goĂ»t de la recette traditionnelle. Un indicateur, lisez les Ă©tiquettes et choisissez une brandade de morue qui, au niveau des ingrĂ©dients, prĂ©sente la morue en premier, c’est-Ă -dire comme ingrĂ©dient majoritaire, non pas comme certains, quand l’huile ou encore pire, l’eau sont en première place de l’Ă©noncĂ©.